Défense du Pouvoir d’Achat ?

Deux exergues pour ce billet : 

Une des revendications des « gilets jaunes » que semblent entendre nos gouvernants tourne autour de la défense du pouvoir d’achat. Forcément, sachant ce qu’ils sont et d’où ils viennent, ils ne peuvent ou ne veulent entendre le reste. Obnubilés par leur idéologie soi-disant progressiste, croissantiste et donc consumériste ils ne peuvent entendre que ce qui leur apparaît comme un appel à pouvoir plus consommer. Ils peuvent même faire semblant d’y voir un appel recevable à moins d’injustice sociale et à un tout petit peu plus de redistribution. Il faut bien apaiser la populace quand elle ose légèrement élever la voix et quoi de mieux qu’un peu de menue monnaie pour calmer ces excités irresponsables qui ne comprennent décidément rien à l’effort (présenté comme méritoire) de l’équipe gouvernementale, président en tête, pour lancer la prétendue « transition énergétique » dont ils se gargarisent depuis que le thème est devenu une mode médiatique.

Que le mouvement des « gilets jaunes » soit aussi un cri pour plus de respect des petits, des sans grades, des « sans dents » comme disait si joliment notre ancien président (vous savez, celui qui avait mis le pied à l’étrier à l’actuel), et par là un appel à une réforme de nos modes de gouvernance obsolètes faces aux enjeux de ce siècle, ça ils ne veulent surtout pas même faire semblant de le remarquer ! Il faut dire qu’en ces périodes de fêtes de fin d’année, il vaut mieux – car c’est plus payant électoralement – détourner l’attention de ces thèmes trop dérangeants (Plus de démocratie ? Partager vraiment le pouvoir avec la plèbe ? Une véritable Démocratie, mais vous n’y pensez pas ! Ce n’est pas ce que veulent les français, nos instituts de sondages nous le disent suffisamment clairement à nous technocrates et politiciens de carrière). Cette forme d’aveuglement est une partie du problème qui a mené et entretient la péripétie actuelle (la « crise » des gilets jaunes) dans la mutation politico-sociale entamée à l’échelle mondiale depuis le début des années ’70.

La critique radicale de notre société mortifère de consommation heurte de plein front les intérêts de la sphère économico-financière. Il ne faut donc pas que ce thème apparaisse sur le devant de la scène médiatico-politique. On va donc essayer – dans les limites des « contraintes budgétaires » – de calmer ces excités de gilets jaunes à coups de ripolinage fiscal et de mesurettes lénifiantes style cahiers de doléances en serrant les fesses et en espérant que la bourrasque saisonnière sera passée d’ici 15 jours et que le mois de janvier verra un retour au calme et à l' »ordre républicain », tout en flattant ces pauvres commerçants qui voient leur chiffre d’affaire baisser en ces périodes d’achats compulsifs par la faute de ces méchants gilets jaunes qui cassent en plus plein de matériel dans les rues. C’est oublier un peu vite que nombre de commerçants (les petits, ceux du commerce dans les zones périurbaines et rurales) ne sont pas dupes et qu’ils voient depuis longtemps leur chiffre d’affaire s’éroder et décliner régulièrement à mesure de l’érosion du pouvoir d’achat de leurs clients et de la croissance impudente du techno-commerce (vente sur internet) allié à la grande distribution.

Une véritable politique sociale – je n’ose plus dire socialiste tant le mot a été galvaudé et tant les socialistes dans ce pays se sont décrédibilisés – viserait à corriger ces inégalités par une politique fiscale  de redistribution passant entre autres par un rétablissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu sans se focaliser sur le gadget plus symbolique qu’utile de l’ISF.

Une vraie politique environnementale viserait à diminuer l’empreinte écologique scandaleusement élevée de notre pays, et donc à sortir de cette compulsion à toujours plus consommer pour toujours plus de croissance économique en oubliant que c’est cette foutue croissance qui nous envoie dans le mur des réalités de la crise environnementale !

Une véritable politique économique enfin, cesserait de surfavoriser les industriels de la distribution et viserait à une relocalisation des circuits économiques en taxant  de manière juste (les gros plus que les petits) les activités en fonction de leur empreinte écologique (bilan carbone, impact sur la biodiversité, etc.).

Pour cela, il faudrait une vraie vision politique de notre avenir, un vrai sens des responsabilités de la part de nos élus et un vrai courage républicain, toutes choses dont nos actuels dirigeants sont manifestement dépourvus. Hélas pour eux ! Mais pas pour nous citoyens de base très souvent sympathisants des gilets jaunes. Je dis heureusement,  car c’est l’occasion rêvée de laisser nos incompétents de politiques – qui de toute façon sont incapables sinon de comprendre les réels enjeux du moins d’y répondre pertinemment – de côté et de faire par nous même, de manière autonome ce qu’il faut faire pour apporter une réponse humaine, adaptée, maitrisée à cette mutation du monde entamée depuis la première crise pétrolière (1973) et depuis qu’on a commencé à comprendre que le mode industriel de développement humain était plus délétère que bénéfique (Rachel CARSON, Silent Spring [Printemps Silencieux], 1962 et voir aussi les spots de campagne de René DUMONT aux élections présidentielles de 1974).

En conclusion de ce billet d’humeur, j’aimerais que collectivement nous levions le nez du guidon du pouvoir d’achat pour essayer de voir un peu plus loin vers les solutions possibles à une crise globale et pas seulement française ou européenne.  J’aimerais aussi que nous prenions conscience que si nos politiques qui sont aussi parfois nos élus ne nous servent pas correctement pour cela, il n’y a qu’à les laisser sur le bas-côté dans leurs ornières mentales et leurs dissonances cognitives (pour ne pas parler de leurs copinages avec les instances économico-financières) pour localement, à notre mesure et pour ce qui est à notre portée faire ce qu’il faut pour nous en sortir.

Merci à ceux qui m’auront lu jusqu’au bout et merci pour vos remarques et commentaires éventuels.

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Lettre ouverte…

… À nos gouvernants, au premier ministre, à son équipe gouvernementale, au président (de notre république) et à tous les élus qui les soutiennent, pour qu’ils deviennent de vrais hommes politiques ayant une vision pour l’avenir et un souci bienveillant du peuple, de leurs électeurs, et de tous les habitants de notre pays.

Le principe de taxer le gazole et plus généralement tous les produits pétroliers afin de financer une véritable transition énergétique est en soi un bon principe, à la condition impérative que cette taxation soit :

  • juste socialement et supportable, soutenable par les plus faibles de notre société dans son ensemble ;
  • éco responsable, c’est à dire prenant véritablement en compte les besoins de la nature et l’urgence de diminuer notre prédation folle de cette nature qui la fragilise et fait craindre que son rôle de support de nos sociétés et de notre civilisation humaine mondiale ne soit dans un avenir assez proche (de dix à trente ans) ne soit gravement compromis jusqu’au risque d’effondrement de ce support ;
  • tout en visant à promouvoir une réorientation de l’activité économique vers une offre de biens et de services intégrant l’objectif d’un mieux disant social et environnemental.

Les trois points précédents sont les trois piliers d’un véritable développement durable ou plutôt soutenable à la fois pour l’activité économique, la nature et notre société humaine et pas la version « light »,  pervertie que vous cherchez à nous vendre, vous le versant arrogant de la macronie acoquinée aux pires lobbies industrialo-financiers et encore englués dans l’idéologie productiviste et croissantiste (partisane de la sacro-sainte « croissance économique ») du vieux XXème siècle.

Le problème avec toi Emmanuel alias « Jupiter » et ton gouvernement vient de vos liens et attachements à ces lobbies industriels et croissantistes que vous côtoyez quotidiennement puisqu’en fin de compte vous faites partie du même monde, celui de ceux qui se croient « au pouvoir » et qui facilement oublient de qui en fin de compte émane la vraie puissance : des gens, du « peuple », de la masse des classes moyenne et inférieures et qu’il est au final toujours risqué de les négliger voire de chercher à leur faire payer une fois de trop ce que les gros et gras ne payent qu’avec beaucoup trop de parcimonie au regard de leur magot financier et de leur impact délétère et sur nos sociétés et sur la nature.

Je pense sincèrement que le croisssantisme est la pire des idéologies reliquat du XXème siècle, que les soi-disant puissances économiques (et financières) aient inventée en guise de nouvel opium du bon peuple de CONSommateurs, taillable et corvéable presqu’à merci. C’est cette idéologie mortifère, prédatrice, source de conflits et révoltes multiples que je souhaite combattre et qu’il nous faut combattre de toutes nos forces avec vous nos élus ou sans vous si vous ne nous suivez pas, afin de collectivement nous réapproprier nos vies en nous libérant des injonctions publicitaires qui nous fascinent nous endorment et nous dévoient d’une vie pleine, heureuse, riche et surtout choisie et pas imposée « d’en haut ».

Un véritable gouvernement souhaitant sincèrement impulser la vraie transition énergétique taxerait en premier les gros pollueurs industriel du transport international et mondialisé :

  • il taxerait ou pousserait les instances internationales à adopter la taxation du kérosène des avions ;
  • Il augmenterait les taxes et pousserait les instances internationales à relever la taxation du transport maritime intercontinental ;
  • il taxerait les gros patrons européens du transport routier international en les distinguant des petits patrons routiers assurant un service de proximité intra et interrégional utile au lien social ;
  • il taxerait les sociétés d’autoroutes et les industriels du BTP à hauteur des dégâts qu’ils causent en bétonnant et asphaltant à coup d’enrobés bitumineux, toujours plus, les sols de nos campagnes !
  • Enfin, un gouvernement digne de ce nom arrêterait de taxer et pressurer la masse des moyens et des petits même si c’est plus facile dans le petit jeu politique actuel.

Je me permets juste une question, subsidiaire, en guise d’envoi de cette lettre ouverte : Sauriez-vous nous dire publiquement, haut et fort dans les médias où en est l’Agenda 21 local de la France par rapport à ceux des autres pays d’Europe ?…

Accord progressif

 

Un nouveau fragment du CNB, écrit quelques mois après mon arrivée à Nancy. Le lieu de rédaction n’est pas précisé mais c’est certainement mon appartement d’alors au 36 de la rue Charles Martel.

Fragment 19910617~2200HL

Il fait encore un peu clair dehors, déjà, cependant, des lumières sont allumées.

Lentement, il lui apparut qu’un accord progressif, allant toujours s’affinant, s’établissait avec les êtres et les choses et que réaliser cela, l’éprouver apportait force et joie jubilante à la vie. Et même si avec cette force/joie augmente l’intensité de la perception de la douleur et de la déception et de l’echec, des limites de la fin et du deuil, c’est encore la joie qui est force, rémanente qui perdure et par delà la tentation de l’inertie, de l’abattement et de la démission est ferment toujours neuf pour plus grand, plus beau, plus fort et mieux.

Et plus loin, ou plutôt ailleurs, Lire la suite

Exotropisme syntone

Ce texte est un extrait du CNB, il s’agit d’un fragment non daté mais écrit en 1993.

Tout petit déjà dans les années ’60 alors que je devais avoir 2 à 3 ans, mes parents avaient peur, me voyant tellement sociable, tellement à l’aise avec d’autres adultes de me perdre puisque je me sentais bien avec- et étais ouvert à tous et tout le monde. Selon leurs dires je n’ai jamais été un enfant ayant peur des autres, des gens, des étrangers à la famille. Lire la suite

Processus de Métissage

L’Étranger, vaste thème !

« Étrangers et voyageurs sur la terre » sommes nous à condition de ne pas nous cacher derrière les masques éphémères, voire obsolètes de nos identités raciales, nationales, religieuses ou idéologiques. Nous sommes tous, à un moment ou un autre, en un endroit ou un autre des étrangers par rapport à notre entourage, dans nos relations aux autres. C’est du moins ainsi que je vois et vis cela. Ressentir, expérimenter concrètement, pour soi cette condition d’étranger amène une autre perception, un autre regard porté sur « l’Étranger ».

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Coopérant au Cameroun

Avant le CNB, ce carnet épisodique commencé le 9 mars 1988à 19h46 dans un hôtel de Redon (Ille-et-Vilaine), il y a eu ce journal de bord ci-après, très lacunaire et sans doute un peu cryptique, voire incompréhensible pour qui ne me connais pas très bien. C’était plutôt des notes pour moi-même qu’il faudrait croiser avec les lettres que j’ai envoyées de Mbô-Bandjoun à la famille, et avec mes souvenirs pour reconstituer une image moins parcellaire de cette période. Si je trouve le temps, j’essayerai de faire cela. Lire la suite

Lune froide / Mammifère des hauteurs

Lune froide

Miroir effacé

Ou poisson-bathyscaphe

Aux écailles passées

Se retournant sans hâte.

.

Mammifère des hauteurs,

Tu es une marmotte,

Survolté de lueurs

En forme de pelote

Espérant du bonheur

LUNE FROIDE/

Tu espère un jardin, de glace et de corail blanc, d’ébène et de diamant, où tu pourrais jouer a pile ou face cachée, loin de tous près du rêve, dans une enfance éternellement sensuelle.

Tu es un poisson-chat, huant l’ombre du soleil, adulant le gouffre limpide et sombre et sans fond de la fosse du souvenir. Antérieur a toi-même, bleuissant la mémoire, tu balbutie le vague du novembre installé. Joueur absurde, prophète-astrologue, déclameur de cratères, tombeau de basalte.

/MAMMIFERE DES HAUTEURS

Dans ta verdure ascétique, sur la chaleur austère des rochers blancs, cassés/chaos, tu espère l’exubérante folie de la danse que tu chantes ici. Tu patientes, un soupir, l’attente heureuse d’hier inventé, réinventé, rejoué. Le fruit est mûr, flânant.

Poil et fourrure, peau et tissus, tu es la marmotte et le corbeau, la vigie et l’acrobate de la haute crète aride et belle et accessible à l’oreille et à l’oeil. Jaunisseur de ciel, acclameur de tambours, archer fatal, orflèche sans maître.

Il s’agit d’un poème, écrit aux alentours de ma vingtième année, alors que j’étais étudiant à Strasbourg, dans une petite chambre de bonne de la rue de Bruxelles. Il est inspiré par deux sources : le titre de l’excellent roman de Michel Jeury Soleil Chaud Poisson des Profondeurs et un mois de juillet passé en partie à faire de la géologie dans la haute vallée de l’Ubaye.